Cadastre études féministes

Un inestimable trésor : la banque de données de Sophia

Vous pouvez également télécharger le rapport final de la banque de données.


Depuis février 2007, la banque de données des études de genre est accessible en ligne. Cette banque de données dresse l'inventaire des recherches et des enseignements réalisés depuis 10 ans en Belgique. Elle contient 2608 publications, recherches, programmes d'études et cours. C'est le fruit du travail de Cécile De Wandeler, Silvia Erzeel, Katrien De Koster et Gaelle Fonteyne sous la coordination de Karen Celis, Petra Meier et Nadine Plateau. Ce projet a été financé par l'Institut pour l'Egalité des Femmes et des Hommes.

Cet inventaire vise à offrir une plus grande visibilité aux études féministes/de genre en Belgique. D'autre part, il cherche à faire bénéficier de cet éclairage les chercheurs/ses et titulaires qui sont actifs/ves dans ce domaine au sein des diverses institutions belges. Dans la mesure du possible, nous avons réuni dans cette banque de données toutes les initiatives relatives aux femmes, aux études sur les femmes, au genre, aux études de genre, aux relations sociales hommes-femmes, à l’égalité entre les hommes et les femmes, aux mouvements de femmes, au féminisme et aux études féministes qu’elles traitent de ces sujets de façon exclusive ou substantielle. L’inventaire se limite aux études et enseignements "scientifiques" ce qui ne signifie nullement que seules les activités des universités sont prises en compte. En effet, les initiatives des hautes écoles, des services de l’égalité des chances, des organisations de femmes et des partis politiques sont également bien présentes dans cette banque de données.

État des lieux des études de genre en Belgique


L’analyse de la banque de données nous permet de dresser un état des lieux sommaire d’un certain nombre d’aspects des études féministes et de genre en Belgique.

Le premier constat qui ressort de l’étude de cette enquête est que les études de genre sont avant tout l’affaire des universités. Cette constatation se ressent aussi bien au niveau de la production qu’à celui du processus. La banque de données révèle principalement des chercheurs/ses et des titulaires actif/ves dans le monde universitaire. Dès lors, les études de genre y sont plus institutionnalisées par exemple dans l’organisation de cours spécifiques, la mise sur pied de centres des études féministes/ de genre,…
Cela a également pour conséquence que les chercheurs/ses et titulaires dans ce domaine jouissent de davantage de visibilité.
Les études féministes/de genre, en particulier la recherche, semblent avoir une capacité limitée à se frayer un passage vers les hautes écoles. Les autres acteurs comme les mouvements de femmes et les partis politiques paraissent ne confier leurs enquêtes qu’à des acteurs universitaires ce qui participe à l’exclusion relative des hautes écoles des recherches dans le domaine du genre.

Nous pouvons déduire des difficultés rencontrées dans la collaboration avec les universités lors de l’accomplissement notre projet que les études de genre ne sont pas toujours une priorité pour les instances des universités. Il y a chez eux une sorte de réflexe consistant à demander si le genre ne devrait pas être confié aux centres qui, en leur sein, sont consacrés aux études féministes/de genre.
Ces centres ne bénéficient souvent que de peu de reconnaissance au sein des universités et une grande partie du travail qu’ils effectuent se réalise sur base bénévole. Par ailleurs, ils ne sont pas toujours accessibles aux personnes qui effectuent des recherches en dehors de leur propre structure.

Un autre constat est que l’expertise dans le domaine des études de genre semble centralisée entre les mains de figures de proue: elle n’est pas répartie de façon équilibrée dans tous les départements des facultés, mais est plutôt regroupée dans certains d’entre eux. Dans ces départements, il y a des chefs de file qui en attirent d’autres. La recherche tout comme l’enseignement sont principalement construits et appuyés par quelques personnes qui sont des figures centrales. D’ailleurs, ce sont toujours ces mêmes noms qui reviennent dans l’état des lieux. Ce sont surtout ces meneurs qui jouent un rôle stimulant dans les recherches et dans les publications et qui prennent l’initiative d’axer leurs cours sur le genre. Les études de genre sont plutôt liées à des personnes qu’institutionnalisées. Par conséquent, la perpétuation de l’expertise n’est en aucun cas acquise si ces noyaux venaient à disparaître du paysage académique.

En ce qui concerne la recherche, nous constatons que les pouvoirs publics sont une importante instance subsidiante. Il en résulte que la recherche dans le cadre des études de genre est en grande partie orientée politiquement et moins d’argent est investi dans des recherches "fondamentales".
Toutefois, des tentatives sont entreprises par les chercheurs/ses eux-mêmes dans cette dernière direction. Les études de genre et féministes en Belgique sont encore loin d’appartenir au courant principal des études scientifiques. Notre analyse met d’ailleurs en exergue que beaucoup de travaux sont publiés dans des revues semi-scientifiques. La recherche orientée, car financée politiquement, ne se fraie pas toujours aisément un chemin vers les publications académiques. L’importance grandissante que prennent ces publications constitue une menace pour les études de genre et féministes si à l’avenir les sources pour la recherche fondamentale ne sont pas mieux accessibles pour les études féministes/de genre.

Nous remarquons qu’il y a peu de différences entre les résultats flamands et francophones dans la banque de données d’un point de vue général. Si on se penche plus attentivement sur les divergences, il apparaît que les études de genre en tant que discipline sont nées et se sont développées différemment des deux côtés. Ainsi, dans les universités flamandes, la discipline a été institutionnalisée plus rapidement (ce qui se traduit par un plus grand nombre de cours) tandis que, du côté francophone, il y a davantage d’initiatives qui sont prises hors des universités (ce qui est très clair lorsqu’on s’attarde sur les formations).

Un déplacement digne d’intérêt est néanmoins apparu récemment au niveau de l’offre d’enseignements de chaque côté linguistique. Il y a d’abord eu la disparition de la Formation Académique Continue (VAO) interuniversitaire en "vrouwenstudies", la seule en son genre dans le pays. Ensuite, un certain nombre de cours ont été rayés des programmes de différentes universités (telles que Vrouwenstudies in de Sociale en Culturele Antropologie à la KUL, Inleiding tot de Genderstudies à l’ UGent, …).
En revanche, nous pouvons mettre en exergue les premiers pas accomplis par quelques universités francophones dans la mise en place de nouvelles formations telles que la récente mineure en Etude de genre (2005) et le Master en Sciences de la Population et du développement (2007) à l’UCL ou encore l’option études de genre du Master en langues modernes à Ulg (2007). Soulignons également que les hautes écoles sont désormais obligées d’intégrer dans la formation de leurs enseignant-e-s un cours de 30 heures intitulé "Approche théorique et pratique de la diversité culturelle et la dimension de genre". Une inversion s’opère donc de chaque côté de la frontière linguistique : si les études de genre sont en danger dans les universités flamandes, elles tendent à se développer chez leurs homologues francophones.

Pour plus d'informations, contactez-nous ou téléchargez le rapport final de la banque de données.

N'hésitez pas à avoir recours à cet instrument formidable!

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