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« Développez-vous ! » : pratiques et ambivalences du développement personnel

Appel à communications / Call for proposals
« Développez-vous ! » : pratiques et ambivalences du développement personnel

Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, les 17 et 18 juin 2021

Des rayons de librairie aux entreprises, le développement personnel semble être actuellement présent de manière diffuse dans des contextes sociaux diversifiés. Mis à part quelques tentatives de définition, l’expression « développement personnel » est mobilisée comme si elle allait de soi et reste ainsi très souvent floue et imprécise. Souvent qualifié de nébuleux (Marquis 2014 ; Bouver 2016), ce phénomène résiste à sa construction en tant qu’objet. Il peut être néanmoins appréhendé par certaines propriétés telles que : l’importance de la « prise de conscience », du travail sur soi, la prévalence de la « communication positive » et de la bienveillance, l’attention centrale aux relations interpersonnelles, une vision négative de la société qui pervertirait l’individu et entraverait sa « pleine réalisation », la responsabilité individuelle de chacun-e dans le développement de son « potentiel » et dans la construction de son propre bonheur, indépendamment de sa position dans l’espace social, etc. Ces éléments renvoient aux caractérisations sociologiques du développement personnel proposées notamment par Fernando Ampudia de Haro et Nicolas Marquis (Ampudia de Haro 2006 ; Marquis 2014).

La majorité des travaux sur le sujet met en avant des processus macro-sociaux. Ainsi, Ampudia de Haro inscrit le développement personnel dans le prolongement du « processus de civilisation » (Elias 1973 [1939]) en analysant les ouvrages de développement personnel comme des « supports matériels du code de gestion des conduites et des émotions » de nos sociétés contemporaines (Ampudia de Haro 2006), similaires aux traités de bonnes manières étudiés par Norbert Elias. Ce prolongement engendre, d’après cet auteur, la constitution d’une « civilisation réflexive ». Dans ce type de sociétés, les individus sont considérés comme responsables individuellement dans l’ensemble des domaines de leur vie (Rose 1999 ; 2006) et intériorisent une forme d’autodiscipline. Emilie Hache, à la suite de Michel Foucault, considère justement cette responsabilité individuelle comme étant une technique de gouvernementalité néolibérale (Hache 2007 ; Foucault 2004 ; Laborier 2014).

Ces analyses à l’échelle macro documentent peu les modalités concrètes des pratiques du développement personnel et ne portent qu’une attention limitée aux rapports sociaux de classe, de genre, de race, d’âge, etc. et à leurs articulations. Ce colloque entend explorer cet angle mort à partir des pratiques concrètes et des réceptions effectives du développement personnel. Lorsque l’on prend en compte la littérature qui se focalise sur les pratiques concrètes, des ambivalences apparaissent. Certains travaux mettent en lumière les possibilités d’émancipation offertes par le développement personnel, quand d’autres soulignent, au contraire, le fait que le développement personnel participe à asseoir les rapports de domination. Par exemple, Albenga et Bachmann (2015) rendent compte d’une trajectoire d’émancipation féminine appuyée sur la lecture d’un livre proposant une vision essentialiste des femmes qui a pourtant pu être qualifiée d’antiféministe (Jonas 2006). De même, aux États-Unis, Irvine considère les ouvrages de développement personnel qui traitent des relations conjugales hétérosexuelles (sous l’angle de la « codépendance »)
offrent à leurs lectrices des possibilités d’élargissement de leurs marges de manoeuvre et d’émancipation (Irvine 1995), tandis que d’autres autrices critiquent ces ouvrages sur les relations conjugales comme enfermant les femmes dans des relations déséquilibrées où l’entretien de la relation repose entièrement sur leurs épaules (Jonas 2006; Christopher-Byrd 2019). Au-delà des pratiques de lecture, les travaux de Scarlett Salman et Hélène Stevens sur le coaching et le développement personnel dans le monde du travail, et en particulier en entreprise, pointent également des ambivalences (Stevens 2013; Salman 2019; Salman 2008). Par exemple, Hélène Stevens met en avant des ambivalences tant au niveau des dynamiques politiques sur lesquelles reposent l’introduction du développement personnel en entreprise, qu’au niveau des effets sur les trajectoires individuelles (Stevens 2013). Dès lors, s’impose le constat d’Emeline de Bouver selon lequel : « il nous faut aujourd’hui davantage d’outils pour opérer les distinctions nécessaires au sein de la nébuleuse du développement personnel et existentiel. La transformation intérieure peut en effet, selon son orientation, s’apparenter parfois à une réforme ou à une révolution, parfois au développement d’une subjectivité plus adaptée au système ou, au contraire, plus subversive. » (Bouver 2016). Opérer ces distinctions nécessite de ne pas se limiter à des analyses de contenus des ouvrages de développement personnel mais d’avoir une attention aux réceptions et appropriations effectives qui en sont faites.

Ce colloque souhaite réunir des analyses empiriques susceptibles d’outiller la réflexion sur les ambivalences du développement personnel. Comment le développement personnel est-il pratiqué et par qui ? Dans quelle(s) mesure(s) intervient-il dans la (re)production de rapports sociaux de domination et de pouvoir ? Quelles capacités d’émancipation permet-il ? Comment impacte-t-il les formes de mobilisations collectives ? etc.

Pour ce faire, nous envisageons quatre axes de réflexion.
Axe 1 : Émergences et héritages du développement personnel
Axe 2 : Se changer soi, et changer le monde ?
Axe 3 : Encadrements institutionnels et pratiques organisationnelles
Axe 4 : Techniques de soi, trajectoires biographiques, transformations individuelles

Modalités pratiques
Les communications peuvent être présentées en anglais ou en français.
Les résumés des propositions de communication, de 500 mots maximum, sont attendus pour le 14
mars 2021 et doivent :
− Comporter un titre ;
− Indiquer le nom du ou des auteur-es et de leur(s) institution(s) de rattachement (affiliations complètes) ;
− Préciser le matériau sur lequel s’appuie le propos ;
− Être envoyés à l’adresse suivante : colloque.developpezvous@gmail.com

Merci d’envoyer deux versions de votre proposition de communication, une avec votre nom et vos affiliations et l’autre complètement anonymisée. Une publication sous la forme d’un numéro de revue est envisagée.
Les propositions seront évaluées par le comité scientifique et les réponses seront envoyées par mail début mai 2021.
Pour toute question relative à l’événement ou demande de précisions vous pouvez contacter : colloque.developpezvous@gmail.com

Comité d’organisation : Ivan Garrec (IRIS, USPN), Julie Rodrigues Leite (IRIS, EHESS) et Océane Sipan (IRIS, CEMS, EHESS)
Comité scientifique : Luc Berlivet (CNRS, Cermes3), Marc Bessin (CNRS, IRIS), Hélène Bretin (USPN, IRIS),
Emeline De Bouver (UCLouvain), Françoise Champion (CNRS, EPHE), Tristan Fournier (CNRS, IRIS), Daniel Friedmann (CNRS, EHESS), Eric Gagnon (Université de Laval), Nadia Garnoussi (Université Lille 3, CeRIES), Aurélie Jeantet (Université Paris 3, CRESPPA), Samuel Lézé (ENS Lyon, IHRIM), Nicolas Marquis (Université de Saint Louis, CASPER), Scarlett Salman (Université Gustave Eiffel, LISIS), Hélène Stevens (Université de Poitiers, GRESCO)