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Laboratoire d’Études de Genre et de Sexualité – Séminaire d’équipe “Traduire le genre”- 2020

Séminaire d’équipe “Traduire le genre”

Séminaire annuel du LEGS, édition 2020-2021
Animé par Anne-Emmanuelle Berger et Ilana Eloit
Campus Condorcet, Aubervilliers

Descriptif

Ce séminaire mensuel, réunissant l’ensemble de notre laboratoire, mais ouvert à tou.te.s, met la notion de traduction – dans divers sens, linguistique bien sûr, mais aussi culturel et politique – au centre d’une réflexion sur les potentialités mais aussi les limites des études de genre en tant que champ de recherche à la fois transdisciplinaire et transnational. Pour étudier le transfert d’idées au-delà des frontières, le genre est en effet un exemple privilégié, tant les études de genre s’internationalisent. En outre, aujourd’hui, l’internationalisation des campagnes contre la (supposée) « idéologie (ou théorie) du genre » contribue à diffuser le mot bien au-delà du monde universitaire, ce qui nous engage à réfléchir à nouveaux frais à son impact social en même temps qu’à sa portée politique. Il convient donc de réfléchir en mobilisant la notion de traduction culturelle, comprise comme une théorie et une pratique qui révèlent les limites des discours hégémoniques et universalisants, aidant ainsi à « situer » la connaissance dans des contextes précis. Le « genre » n’est pas un concept qui peut être utilisé universellement, indépendamment des contextes, selon des paramètres préfixés ; au contraire, cette notion se trouve modifiée et enrichie lorsqu’elle est employée dans des contextes politiques et culturels divers et en particulier dans des langues différentes.

Ce séminaire posera un ensemble de questions. Comment différents contextes sociaux infléchissent-ils les multiples manières d’interpréter, de manier, de lire le genre ? Quels types de traduction politique et culturelle accompagnent-ils chaque franchissement des frontières géographiques, linguistiques ou disciplinaires ? Comment le genre se traduit-il (ou pas) dans différents contextes théoriques, que ce soit dans les sciences sociales, les études littéraires, la philosophie, les sciences dites « dures », etc. ?

Le séminaire se tiendra chaque mois, un vendredi de 17h00 à 19h00. Nous donnerons la parole à des invité·e·s, praticien·ne·s ou théoricien·ne·s de la traduction, dans divers domaines (lettres et philosophie, sciences sociales, arts, etc.).

En raison de la situation sanitaire, merci de bien vouloir envoyer un courriel à l’adresse ilana.eloit@cnrs.fr afin d’indiquer votre participation. Le nombre de places est limité à 25 personnes par séance. Un lien pour suivre les séances en ligne vous sera également envoyé.

Calendrier des séances

SÉANCE 1 : 6 NOVEMBRE 2020 DE 17H00 À 19H00

Lieu : Campus Condorcet, salle 0.004 (rez de chaussé du bâtiment de recherche Nord). 14 Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers.

Aura Sevon (Université de Turku), traductrice en finnois avec Heta Rundgren de Le rire de la Méduse et autres ironies, Paris, Galilée, 2010: Medusan nauru ja muita ironisia kirjoituksia, Helsinki: Tutkijaliitto, 2013.

Dialoguer avec l’intraduisible et le traduisible dans l’oeuvre d’Hélène Cixous

Qu’est-ce qui est traduisible ? Qu’est ce qui est intraduisible ? Comment la traduction littéraire diffère-t-elle de la traduction des concepts philosophico-théoriques ? Travailler dans le contexte des textes d’Hélène Cixous, souvent considérés comme étant intraduisibles, et qui naviguent entre le poétique, le politique, le philosophique et le chamanique, nous amène au bord des questions quintessentielles liées à la traduction. Dans le cadre de cette présentation, Aura Sevón parlera de son travail récent de traduction en finnois de l’essai La Venue à l’écriture (1976) d’Hélène Cixous.

James Horton (ENS Ulm), thèse en cours: “There is no guide no voice no word”: le cut-up et ses praticiens, histoire et poétique d’un underground international, 1959-1975.

Cutting-up men, cutting-up women : genre, sexualité et traduction chez Mary Beach et Valerie Solanas.

Si Valerie Solanas (1936-1988) est bien connue en tant que féministe radicale et autrice de l’incandescent SCUM Manifesto, les enjeux traductologiques propres à l’ensemble de son œuvre sont moins évidents à prime abord. Inversement, si elle reste une figure marginale dans l’histoire culturelle des années 1960, la traductrice, artiste, écrivaine et éditrice franco-américaine Mary Beach (1919-2006) a joué un rôle important dans le champ de la traduction et des échanges culturels transatlantiques grâce à son travail sur les textes d’écrivains tels William Burroughs et Allen Ginsberg.

Quoique leurs vies soient radicalement différentes, il existe de nombreux parallèles entre les trajectoires Beach et Solanas, notamment dans le mesure où elles deviennent toutes deux associées au geste ambigu de « cutting up » : Solanas par le titre alternatif de son manifeste – SCUM devenant par moments un acronyme pour SOCIETY FOR CUTTING UP MEN – et Beach par son travail de traduction et d’édition autour les textes « cut-up » de Burroughs. Par le réagencement et la réécriture qu’il implique, ce geste de « cutting up » fonctionne, chez l’une comme chez l’autre, comme une figure de traduction ironique, ludique et parfois violente.

À travers une étude croisée des dimensions poétiques, sociomatérielles et circulatoires des œuvres respectives de Beach et de Solanas, je tâcherai ici de mettre au jour les interactions de classe, genre, sexualité et traduction dans leurs pratiques et leurs parcours au sein du milieu homosocial de la contreculture newyorkaise au moment de l’essor de la seconde vague féministe.

Présentation du séminaire en début de séance.

SÉANCE 2: 27 NOVEMBRE 2020 DE 17H00 À 19H00

Lieu : Campus Condorcet, Centre de colloque, salle 50. Place du Front Populaire, 93322 Aubervilliers cedex.

Eric Fassin (Université Paris 8) et Joana Masó (Université de Barcelone)

Pratiques artistiques sans oeuvre ni auteur: une autre histoire féministe de l’art est-elle possible?

Fontaine est, depuis longtemps, une œuvre de Marcel Duchamp. Mais pas depuis toujours, ni peut-être pour toujours : en effet, cette attribution a récemment été contestée, à grand bruit, au bénéfice d’une artiste oubliée : Elsa von Freytag-Loringhoven. Et si la critique féministe consistait moins à remplacer un auteur par une autrice qu’à interroger l’autorité artistique ? Au milieu des années 1910, à New York, un ensemble de pratiques artistiques s’ébauchent autour du salon Arensberg – sans manifeste ni exposition, loin du public et hors du marché. C’est, avant Dada, ce que nous proposons d’appeler le moment Lichtenberg : un art sans œuvre ni auteur. Si Fontaine est le paradigme de la non-œuvre, EvFL est celui du non-auteur. Reste à savoir si ce moment singulier fait figure d’hapax, ou si au contraire il permet de penser, à partir d’une critique féministe alternative, d’autres pratiques artistiques, soit un art de Lichtenberg.

SÉANCE 3: 11 DÉCEMBRE 2020 DE 17H00 À 19H00

Lieu : Campus Condorcet, salle 0.004 (rez de chaussé du bâtiment de recherche Nord). 14 Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers.

Arthur Clech (EHESS), « De tema à queer : traduction des sexualités et transition politique. URSS, Russie et Géorgie contemporaine ».

Pour se désigner, des hommes et femmes vivant un désir homosexuel usent de l’expression [byt’] v teme, littéralement « [être] dans le thème », dans le sujet », c’est-à-dire si l’on s’en tient d’abord à une définition générique, « être au courant ». Cette expression révèle un commun au sein des subjectivités homosexuelles soviétiques et, dans une moindre mesure, post-soviétiques : ce qui est mis en avant, c’est le fait d’« en être », de participer d’un même « savoir », de le partager, d’y être initié. Le terme « tema » est encore employé aujourd’hui non seulement en Russie mais aussi dans l’espace post-soviétique : en géorgien par exemple, on trouvera «temashia», ou ses équivalents, «esmis» (celui ou celle qui comprend). Dans tous les cas, ces termes sont non genrés et se situent en dehors des cadres de la culture hétéronormative. Cela permet de penser la subjectivité homosexuelle sans établir une distinction genrée que le russe contemporain, par exemple, donne à travers le terme de « gay », pour les hommes, et de « lesbiennes », pour les femmes. Les termes soviétiques de goluboj (signifiant littéralement « bleu ciel ») pour les hommes homosexuels et, celui, moins fréquent de rozovaâ (signifiant littéralement « rose ») pour les femmes homosexuelles, évoquent le même ton pastel comme pour redire ce sens du commun qui évoluera après la chute de l’URSS pour laisser place à une plus grande spécialisation. L’imprécision intentionnelle de ce terme présente l’avantage de désigner les siens, de se reconnaître sans se tromper et sans se trahir. En ce sens, il peut être rapproché du terme employé en anglais par les homosexuel·le·s noirs américains durant la première moitié du XXe siècle : être « in the life », qu’ils partageaient avec d’autres populations noires marginalisées (prostitués, joueurs (gamblers), etc.).

Arthur Clech est l’auteur de la thèse « Des subjectivités homosexuelles à l’époque soviétique tardive : entre solidarités et culture du soupçon ». Paris : EHESS, 2018.

Caroline Ibos (LEGS, Université Rennes 2), discutante.

SÉANCE 4 : 5 FÉVRIER 2021 DE 17H00 À 19H00

Lieu : Campus Condorcet, salle 0.004 (rez de chaussé du bâtiment de recherche Nord). 14 Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers.

Mona Gérardin-Laverge (Université Paris Nanterre), auteure de la thèse Le langage est un lieu de lutte. La performativité du langage ordinaire dans la construction du genre et les luttes féministes. Paris : Université Paris 1 Panthéon – Sorbonne, 2018.

Luca Greco (Université de Lorraine), auteur de Dans les coulisses du genre. La fabrique de soi chez les drag kings. Limoges : Lambert Lucas, 2018.

SÉANCE 5 : 12 MARS 2021 DE 17H00 À 19H00

Lieu : Campus Condorcet, salle 0.004 (rez de chaussé du bâtiment de recherche Nord). 14 Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers.

Tiphaine Samoyault (Université Paris 8), auteure de Traduction et violence, Paris: Le Seuil, 2020.

Anne Berger (LEGS, Université Paris 8) et Marta Segarra (LEGS, CNRS), discutantes.

SÉANCE 6 : 9 AVRIL 2021 DE 17H00 À 19H00

Lieu : Campus Condorcet, salle 0.004 (rez de chaussé du bâtiment de recherche Nord). 14 Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers.

Anne-Emanuelle Berger (LEGS, Université Paris 8), dir. avec Giuseppe Sofo du numéro « Le genre de la traduction »De Genere, n°5, 2019.

Giuseppe Sofo (Università Ca’ Foscari Venezia), dir. avec Anne Emanuelle Berger du numéro « Le genre de la traduction »De Genere, n°5, 2019.

SÉANCE 7 : 7 MAI 2021 DE 17H00 À 19H00

Lieu : Campus Condorcet, salle 0.004 (rez de chaussé du bâtiment de recherche Nord). 14 Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers.

Florence Lotterie (Université de Paris), dir. avec Anaïs Albert et Patrick Farge du numéro “Les mots du genre”Écrire l’histoire, à paraître.

SÉANCE 8 : 11 JUIN 2021 DE 17H00 À 19H00

Lieu : Campus Condorcet, salle 0.004 (rez de chaussé du bâtiment de recherche Nord). 14 Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers.

Clare Hemmings (London School of Economics – LSE), auteure de Considering Emma Goldman: Feminist Political Ambivalence and the Imaginative Archive. Durham: Duke University Press, 2018.

Ilana Eloit (LEGS, CNRS), auteure de la thèse Lesbian Trouble: Feminism, Heterosexuality and the French Nation (1970-1981). London : London School of Economics (LSE), 2018.

Conclusions du séminaire.